vendredi 1 décembre 2017

My November



Un mois de novembre qui tient toutes ses promesses: premiers virus hivernaux et le cortège des mauvaises nouvelles / Tu pars de chez toi, il fait nuit; tu rentres chez toi, il fait nuit / Bonne ambiance /  Survivre au crépuscule de l'année 2017 / Numérobis, un dimanche midi qui nous annonce, devant ses côtelettes d'agneau, qu'elle ne veut plus rien manger qui ait été vivant "avant" / Merveilleuse Odyssée de Daniel Mendelsohn, une lecture aussi éblouissante qu'érudite, et si tout était une histoire de filiation finalement ? / Qu'y a-t-il donc dans le tome 2 d'Eragon pour que Rayures nous demande aussi de ne plus lui proposer de viande ? / Accepter -par lâcheté- d'intégrer un équipe de courses en relai avec du dénivelé : perdre son honneur, sa dignité et un poumon / Le boulet qui a du mal à suivre / Une escapade parisienne forcée / La splendeur des Amberson pour mes 6 heures du trajet aller / Se réveiller entre la Sorbonne et le Panthéon et mesurer l'ampleur d'un renoncement / Un dîner entier où ça parle anglais: solitude quand tu nous tiens / Allemand LV1 évidemment / Traverser tout Paris pour fêter le livre et ne pas décoller du bar / Radio France et le syndrome de l'organisation d'un autre monde, n'est ce pas Sophie ? / Réussir à ne voir aucun auteur alors qu'on est là pour ça / "on peut passer monsieur ? " "Oui oui, vous redescendez, vous retraversez tout , et vous remontez les escaliers pour arriver par le 104" / Le moment du bug / Un thé à la menthe sans thé / Un jus d'abricot qui vient trop tard / Des rencontres qui sont en fait des retrouvailles : les évidences amicales / Team Elle 2014/ 4 ans déjà / Un dos de cabillaud dans le 5ème avec ma binômette / "The" jogging proustien dans les jardins du Luxembourg, et au lever du soleil, sentir surgir un vague sentiment d'éternité/ 7 Km dans un froid de gueux / Retourner plein Sud avec La légende du dormeur éveillé offert par mon irremplaçable leader Rentrer et découvrir dans sa boîte au lettres, l'attention de la délicate Aifelle, toujours présente malgré tout / Un mois pendant lequel j'ai perdu la blogosphère en route / Le temps de rien / Un jour, même moi j'oublierai que j'ai blogué à un moment / Pas le temps de faire une vidéo / Décembre et ses fêtes qui nous tendent les bras / L'espoir improbable de pouvoir rédiger un billet / Duracell toujours en grève du sommeil / What did we expect ?
A tout bientôt les amis ;-)




dimanche 5 novembre 2017

Compte rendu de vacances #ToussaintForEver

J'ai testé pour vous : les vacances inratables.

Pour, nous les vacances constituent une vraie réflexion philosophique (parce qu'on en a très peu et du coup on a bien le temps d'y réfléchir en amont). L'Homme et moi considérons qu'en août, c'est risqué de partir en vacances : la canicule, le rythme ralenti, les bouchons sur l'autoroute, les beaufs en vadrouille, non vraiment on est au dessus de cela, du coup on travaille les 9 semaines des vacances scolaires et on joue la sécurité (#SecondDegré). Par conséquent cette année et on a privilégié novembre.

L'Univers était de notre côté: beau temps, couleurs d'automne, grand chalet au calme, frigo plein; non là comme ça a priori,  partir tous les cinq ne pouvait être qu'une totale réussite. J'avais même prévu de poster des photos des girls sur Instagram, s'enlaçant avec tendresse sur fond de coucher de soleil, rigolant aux éclats, genre "famille Ricorée". En plus, je n'ai pas vomi dans les virages en montant, présage on-ne-peut plus optimiste pour des vacances réussies, je me suis contentée de chouigner sur Arrivederci de Biolay sous le regard consterné de l'Homme et des girls qui ne comprennent pas ma passion pour les chanteurs dépressifs (ou morts...ou les deux- mais la il est vivant...la preuve il fait la Nouvelle Star, ce qui réjouit l'Homme qui me titille avec cette histoire, bref).

Je suis donc partie avec l'entrain qui me caractérise, bien décidé à mettre ce séjour à contribution pour résorber  les cernes bleues qui me défigurent et ce petit teint grisâtre qui fait ressortir la frange que je me coupe moi-même (coiffeur c'est un métier, mais je n'ai jamais le temps d'y aller). J'étais d'autant plus optimiste sur nos vacances en famille qu'on m'avait toujours dit: un bébé difficile fait un ado tranquille . Dans la mesure ou Rayures a eu ses premiers amis imaginaires dès 2 ans, qu'elle a fait ses nuits à 3 ans, que toute sa scolarité jusqu'à présent a été un long chemin de croix où je passais ma vie dans les bureaux des maîtresses, directrices ou psychologue scolaire, honnêtement, je me suis dit que la puberté couplée à l'entrée au collège serait plus que tranquille (même si bien sûr le fait qu'elle ait été collée dès la deuxième semaine de son entrée au collège aurait du me mettre la puce à l'oreille).

ERREUR

Rayures découvre à 11 ans que le monde est moche et ne s'en remet pas du tout. Elle déplore la déforestation, le racisme, la cruauté des hommes, l'indifférence des pays riches pour les pays pauvres (cf: cours de géographie à réviser pour la rentrer, attention évaluation sur table), les faits divers qu'elle apprend on-ne-sait-où vu qu'elle ne regarde pas la TV et n'a pas Internet sur son téléphone (les copains au collège peut-être, car elle en a...pas ceux que j'aurais espéré mais bon). Elle n'échappe évidemment pas à cette langueur adolescente qui m'exaspère, à l'absence d'enthousiasme dès qu'il s'agit de sortir, elle tente d'échapper à la plupart des corvées domestiques et souffle en déambulant dans la maison, plein de rancoeur contre l'ONU qui ne fait rien contre la guerre, sa prof d'histoire géo qui pratique la classe inversée, les chasseurs qui font du mal aux animaux "juste pour le plaisir", la peste de sa classe qui lui a dit que son idée de roman était bof, et l'ophtalmo (le seul qui accepte de lui prescrire des lentilles) qui arrive toujours à lui glisser une petite vacherie lors de la consultation.

Du coup, pour ne pas garder tout ça pour elle ("parce que Mamie, elle dit qu'il vaut mieux que ce soit dehors que dedans, sinon on s'abîme la santé"),  elle en fait profiter sa soeur de 8 ans (pour qui le dernier drame tient à un rebondissement malheureux du  Royaume de feu), Numérobis donc qui découvre qu'à 9 ans une petite fille peut disparaître lors d'un mariage et pour toujours (ambiance ambiance). Le problème subsidiaire c'est effectivement les capacités vocales de Numérobis dotée d'une voix forte et éraillée. Elle hurle donc sa résistance au monde réel à grand coup de "Elle est méchannnnnnnnnnte, elle dit ça pour que je fasse des cauchemars". 

On m'avait dit aussi "3 filles, c'est cool, bien mieux que 3 garçons, au moins tu évites les bagarres".

ERREUR

L'Homme et moi élevons nos filles comme n'importe quel garçon,  et du coup fatalement, elles se cognent, se menacent de mort, se donnent des coups de pieds, se courent après avec des bâtons. Il y en a une qui souffle et l'autre qui hurle. Chacune est bien sûr convaincue qu'on lui préfère l'autre, c'est délicieux, surtout avec les arbres qui rougeoient et le dégradé des jaunes chaleureux de l'automne.

A cela bien sûr, il a fallu ajouter Duracell dont on pensait qu'une maison avec jardin lui ferait le plus grand bien (le grand air, le calme, la nature....)

ERREUR

Duracell est dangereuse juste dans un salon avec une simple table basse. Quand elle tente de sauter de la table au canapé, je manque de faire une crise de spasmophilie, donc là avec des escaliers partout, j'ai juste passé ma semaine à répéter en boucle "les barrières sont bien rabaissées devant l'escalier ?". Au bout de 2 jours, évidemment plus personne ne me répondait: l'Homme ne m'entendait pas, Rayures soufflait genre "ma mère cette relou" et Numérobis chantonnait l'air des chevaliers du Zodiaque (sa nouvelle lubie ramenée de la bibliothèque grâce à l'influence de l'Homme). Bien entendu, au mieux Duracell a dormi jusqu'à 4h (5h ancienne heure donc presqu'une nuit, yeahhhhhh), au pire elle s'est réveillée toutes les trois heures (à cause de l'altitude, ou parce qu'elle n'est pas dans son lit et toussa quoi; l'avantage des vacances c'est qu'on a des prétextes à la pelle pour justifier qu'à presque 2 ans elle ne dorme toujours pas).

Duracell a également découvert qu'elle a deuxième parent, l'Homme, avec qui tout est plus facile. Miel pops au petit déjeuner, courses sur les épaules, verre en verre pour boire, pas d'obligation de mettre un manteau pour sortir ("Il fait 8 degrés quand même" "mais elle ne veut pas, c'est qu'elle n'a pas froid je te dis" "nan mais à 21 mois, peut-être qu'on sait encore mieux qu'elle?")

Au final, je me suis dit: tiens et si j'allais courir pour évacuer.

ERREUR

Courir à 1000m d'altitude, c'est courir en côte, se bruler les cuisses et les poumons (honnêtement je ne suis pas médecin mais je pense vraiment que je n'étais pas loin de pneumothorax ) . Juste avant que je parte, Rayures m'a rappelé que courir seule dans un chemin désert, c'était risqué, surtout vu les événements récents (moue de connivence et regard appuyé) et évidemment elle sait que je suis peureuse comme tout et que moi aussi j'ai peur de la mort et des gens méchants. Je suis donc partie moyennement rassurée, et pendant que j'écouter System of a down, une idée a germé dans mon cerveau suroxygéné.

J'ai envisagé de simuler ma disparition pour aller faire le plein de sommeil dans un hôtel reculé. Il suffisait que je vide discrètement le Livret A de Duracell (qui s'en rendrait compte qu'à sa majorité), et que je m'organise comme Walker dans le dernier Bello pour me reposer quelques temps (je n'ai besoin que de livres, cigarettes, une ou deux bières, des capsules de café et du pain frais).  Je comptais revenir 3 jours après et dire que j'avais souffert d'une amnésie passagère suite à une chute dans un petit chemin (futée la Galéa!! Plus crédible tu meurs). Au moment où je réfléchissais à la manière dont l'homme pourrait gérer les 3 pendant 3 jours (et l'éventualité de mettre ma mère -qui n'a jamais su garder un secret- dans la confidence pour lui apporter un soutien logistique),  ma playlist a enchaîné les premiers accords follement joyeux de "Ton héritage".

"Si tu aimes les soirs de pluie mon enfant mon enfant" ; bon fatalement j'ai été obligée de reconsidérer la situation. Biolay décidément. "Si tu parles à ton ombre de temps en temps" alors déjà que Rayures est dans un phase compliquée, peut-être n'est-ce pas le meilleur moment pour disparaître, même pas longtemps, sans compter ce que je risque de me prendre si jamais un jour elle attaque une thérapie. "Si tu aimes ce qui est bon, si tu vois des mirages" après, il y a aussi Numérobis qui doit travailler ses saletés de démanchés pour son audition, et honnêtement on n'y est pas, l'Homme est encore plus nul que moi en clef de fa, et je ne suis pas certaine que la table de 8 soit totalement acquise (le 7 X 8 reste un problème récurrent). Enfin il faut bien avouer que vu l'autorité que l'Homme a sur Duracell, je crains quand même qu'elle se prenne pour Dieu  (autant il va lui faire d'une entrecôte maître d'hôtel à midi parce qu'elle ne veut pas de steak haché). "Ce n'est pas de ta faute, c'est ton héritage, ce sera pire encore quant tu auras mon âge"; oui donc là je me suis dit que déjà, vu qu'on vient tous les deux de familles dysfonctionnelles, ce n'était pas la peine d'en rajouter et qu'il fallait mettre toutes les chances de leurs côtés.

En plus j'ai croisé un type bizarre avec un chien et un fusil: 3 éléments qui m'inquiètent toujours quand je suis seule, même en baskets; j'ai regagné la maison mine de rien en fredonnant "il faudra faire avec ou plutôt sans".

J'ai été accueillie par un "déjà?" de Numérobis, par un "j'ai oublié tous mes devoirs à la maison et j'ai 4 évaluations à la rentrée" de Rayures, et par une cascade de Duracell à qui l'Homme tentait péniblement de mettre des chaussettes "elle préfère être pieds-nus je t'assure"

Nous sommes repartis le lendemain de mon projet de fugue, parce que j'avais oublié qu'il y avait un rappel de vaccin pour Rayures (et que l'infirmière du collège m'a mis un mot dans son carnet de santé avec des gros points rouges d'exclamation). 

Une fois de retour à la maison, les filles ont décidé qu'il serait bien mieux pour tout le monde qu'elles dorment toutes les trois dans la même chambre (on a déménagé et fait 6 mois de travaux juste pour avoir une chambre de plus- c'était vraiment une idée géniale, merci l'Homme). Rayures  a eu le rappel de son vaccin, Numérobis a passé une nuit à toucher les 40 de fièvre, Duracell a enrichi son vocabulaire d'un nouveau mot "oh la la". J'ai un jour et demi pour faire les devoirs de tout le monde et 4 ou 5 machines à faire tourner avant lundi.

Belle rentrée à tous.  Je le répète la Toussaint, en termes de vacances en famille, c'est une valeur sûre. Demain je vais afficher une mine réjouie et répondrai avec un sourire éclatant "c'était une semaine merveilleuse".

"Et si tout se déroule jamais comme dans tes plans, si tu n'es qu'une pierre qui roule, roule mon enfant"

mardi 31 octobre 2017

My october

C'est l'heure des petites choses anodines et littéraires du mois d'octobre.

Le bilan d'un mois d'automne en 2 minutes (fait un peu en catastrophe quelque part entre les montagnes françaises et italiennes).


Bon mois de novembre à tous

samedi 28 octobre 2017

Souvenirs dormants

Patrick Modiano, Souvenirs Dormants (2017)
Gallimard, 2017, 105 p.
Retrouver Modiano après trois ans d'absence, un Nobel, une belle médiatisation, quelques polémiques (et mon éphémère heure de gloire bloguesque à l'annonce de son prix), ce n'était pas si simple. Parce qu'on ne va pas se mentir, il y a la peur d'être déçue, la crainte qu'il ait changé, ou même d'avoir trop changé soi-même au point de ne plus être sensible à sa manière si singulière d'écrire. C'était un risque ces retrouvailles.

Je me suis donc jetée dessus le jour de sa sortie, avec crainte et fébrilité (déjà dépitée du trop peu de pages de son nouvel opus). J'ai de la chance, il y a des choses qui ne changent pas dans la vie : ce qu'écrit mon romancier préféré et ma manière de le lire. Tout va bien donc.

Alors bien sûr, c'est toujours l'histoire d'un homme qui se souvient. C'est encore le long rassemblement des souvenirs qui s'éparpillent toujours plus à mesure que le temps passe. Car même si Modiano aura pour moi toujours une trentaine d'années, on ne va pas se mentir, c'est maintenant presque un vieux monsieur. C'est vrai, c'est encore une histoire de déambulation, d'adresses d'un autre temps, c'est, selon les expressions journalistiques maintenant convenues, son éternelle "géographie intime", ses "brouillards phosphorescents", la "petite musique de Modiano"...mais au fond c'est tellement plus que tout cela. 

Souvenirs dormants raconte la longue solitude d'un jeune homme entre 17 et 22 ans, et de ses rencontres imprécises. Des femmes essentiellement. On y retrouve les personnages féminins de ses autres romans, on croise des état-civils qui en rappellent d'autres, des situations qu'on a déjà lues. Il y a la femme mystérieuse et légèrement fatale, forcément mariée mais sans époux; il y a la très jeune femme sous emprise, la vingtaine à peine engagée, fragile, en équilibre entre deux mondes et qui ne s'appartient pas vraiment. Il y a le couple en fuite qui se cache d'hôtels en hôtels. Et surtout, il y a celle qu'il ne veut pas nommer et pour cause :

"je me méfie encore , après cinquante ans, des détails trop précis  qui pourraient permettre de l'identifier" (p.75)

Cette femme, c'est peut-être Carmen de Quartier perdu, puisque Souvenirs dormants répond une fois de plus au reste de son oeuvre. Ici, les souvenirs dormants paraissent aussi potentiellement inquiétants que des agents. Car c'est d'abord et surtout un roman sur le danger, la peur, la disparition, la fuite et le mystère. Modiano ce n'est pas que du flou, c'est aussi l'évocation des gens malveillants, au passé trouble, des hommes dangereux, menaçants, ceux dont il disait dans son précédent livre qu'ils sont aussi coupants de face que de profil (de mémoire hein, peut-être ce n'est peut-être pas la formulation exacte).

Deux jours après l'avoir terminé, après avoir relu Quartier perdu, une partie Du plus loin de l'oubli et de Fleurs de ruines, ainsi que certains chapitres de sa biographie, je me dis que l'oeuvre de Modiano c'est un monde parallèle (disparu, imaginaire, littéraire ? peu importe). Je ne sais pas du tout si Souvenirs Dormants pourrait plaire à quelqu'un qui ne connaît pas son oeuvre, parce que je le lis à la lueur des autres. Mais pour le lecteur assidu et un peu obsessionnel de Modiano (dont je suis), ce dernier roman, presque trop court, trop essentiel, est une nouvelle piste de compréhension, qui une fois de plus éclaire tout le reste. La matrice de l'oeuvre de Modiano c'est vraiment le danger, la fuite, l'évaporation, le souvenir.

Car ce que nous confirme Souvenirs dormants (et on respire l'effroi du narrateur (ou de l'auteur) à l'évoquer une nouvelle fois) c'est que si l'Occupation est au coeur de sa production, il y a aussi une certaine nuit de l'été 1965, avec un cadavre froid au 2 avenue Rodin, Paris XVIe. Modiano nous renvoie lui-même vers Quartier perdu avec la production du rapport d'enquête, les constatations de la police, avec la fuite et la disparition. Clin d'oeil littéraire ou dissimulation du réel, à la limite peu importe.

"Ainsi, on ne saura pas s'ils appartiennent à la réalité ou au domaine des rêves" (p.96) 

Il m'a peut-être davantage touchée que d'autres car j'ai senti un narrateur face à ses propres démons, comme s'il trainait derrière lui depuis trop longtemps quelque chose qui mêle le drame et la beauté, le banditisme et les jeunes femmes. Les crapules qui menacent des femmes en suspension. Toute une population marginale et désargentée dont, il y a un demi-scièle, il pense n'avoir été qu'un simple figurant dont personne ne se souvient. Le narrateur fait aussi le bilan de ses nombreuses fugues et de ses lâchetés.

"Nous étions partis à pied  de Saint-Maur, 35 avenue du Nord, et nous avions mis 20 ans pour arriver au 76, boulevard Serurier". (p.100)



Force est de constater que plus je le lis, plus je tente de reconstituer avec lui ce qui a pu se passer. Je croise ses romans, confrontent ses personnages, je m'interroge, je cherche...bref j'ai l'impression de refaire une thèse. Je me demande combien sommes-nous de lecteurs un peu fous (et moyennement en place quand même il faut bien l'avouer) qui continuons à mesure de romans à reconstituer avec Modiano l'ensemble de son enquête sur ce qui n'est plus et qui n'a peut être même jamais été. Combien sommes-nous à recouper les états-civils improbables, les adresses et numéros caduques ? 

Et puis à chaque fois, il repart pour une nouvelle destination qui n'existe plus, ici ce n'est pas vers la rue des boutiques obscures à Rome qu'il poursuit son chemin , mais vers le portail vert de la dernière maison d'un village nommé Remauville

(que j'ai déjà localisé sur ma carte...tout en dissimulant à l'Homme mes agissements, je suis irrécupérable...).

dimanche 22 octobre 2017

Les Furies

Lauren Groff, Les Furies
(Fates and Furies 2015)
Traduction: Carine Chichereau
Editions de l'Olivier, 2017, 427 p.

Lire Les Furies , c'est attendre la dernière partie pour comprendre le titre, et très honnêtement, on n'est pas déçu, on peut dire, sans rien déflorer, que le roman porte très bien son nom. Parce qu'on a des furies de compétition quand même.


Avant d'y arriver à ce dernier chapitre -qui remet tout dans le bon sens-, on suit l'histoire de Lotto Satterwhite, un dramaturge américain célèbre. Si le roman s'ouvre sur la scène de la consommation de son mariage sur une plage, en réalité, avec les flashback, on connaît le parcours de Lotto depuis sa naissance jusqu'à sa mort. Lotto c'est l'acteur charismatique mais raté qui ne parvient pas à décrocher le moindre cachet, mais qui devient, suite à une énième déception noyée dans l'alcool, un auteur génial et adulé de tous. 

Alors évidemment, la perditude étant une sorte de hobbie chez moi, je me suis régalée de cet état d'esprit américain qui permet à chaque loser de réussir sa vie malgré tout. La notion des secondes chances est l'un des bonheurs de la mentalité américaine. Les Furies, c'est un roman addictif, jamais ennuyeux (en tous les cas de mon point de vue, je sais que d'autres blogueurs y ont vu des longueurs), porté par souffle narratif dense. On y parle de la création, de l'inspiration qui nait et qui disparait, de la nécessite de produire de l'art, de se renouveler, on y parle de spectacle vivant, dont il restera toujours les mots mais qui n'existe jamais que de manière éphémère.

D'autant que finalement l'ascension de Lotto reste la toile de fond de l'histoire d'un couple. Et ce n'est pas un hasard si le roman s'ouvre sur les ébats de Lotto et Mathilde, car cette Mathilde est pour moi le vrai personnage principal du roman, femme de l'ombre du grand homme, comme l'exigent les codes de ce type de situation, elle est donc celle qui organise, qui traite, qui choisit, qui colmate...bref c'est le double laborieux du dramaturge réputé; jusques-là, on se dit qu'on est dans les thématiques classiques.

Mon seul problème, et je pense que c'est culturel, c'est l'outrance. J'avais déjà ressenti cela à la lecture des Apparences de Gillian Flynn, mais je crois, à la réflexion, que c'est propre à une certaine littérature américaine (et féminine): l'explicite qui hurle, le trop du trop, l'absence de suggestion. C'est particulièrement vrai pour les scènes de sexe (évidemment incontournables quand on traite du couple), mais qui sont à la fois récurrentes, exagérées, détaillées et un peu redondantes....uniquement quand il s'agit de scène hétéro bien sûr, puisque les deux passages de relations homosexuelles sont très implicites voire carrément suggérées, pour ne pas choquer le lecteur puritain sans doute.

Sauf que bien sûr, Les Furies va bien au-delà de tout cela. Il faut absolument le lire jusqu'au bout du bout pour attraper le vrai propos, qui de mon point de vue - ATTENTION SPOILER- fait de Lotto non plus le personnage principal, mais un prétexte, un enjeu, presque un objet que les furies se disputent. On peut ne pas être d'accord, mais pour moi, le renversement de point de vue du dernier quart du roman est sa grande réussite.

Parce que finalement, les Furies traite de la part d'ombre de chacun, le roman pose la question de savoir si on s'appartient vraiment, si véritablement on choisit seul son chemin de vie. Les Furies , c'est un roman sur l'amour, la création, l'aigreur, sur les rôles qu'on joue sur scène et dans la vie, sur ce qu'on est et sur ce que les autres pensent qu'on est. C'est un livre sur l'emprise et finalement ce n'est pas nécessairement celui qu'on pense qui domine l'autre. 

Bref, on lit Les Furies comme on boit un apéritif trop corsé: c'est bon, ça brûle un peu, ça tourne la tête, et on ne sait pas bien dans quel état on va finir.


C'était ma dernière chronique avant une sortie tant attendue #ChocDesAmbiances
J-4 avant le ModianoDay

vendredi 13 octobre 2017

La Porte

La Porte de Magda Szabò (1987)
Traduction Chantal Philippe
Livre de Poche, 2017, 346 p.
Pour rester cohérente avec la ligne éditoriale de ce blog, je me suis dit que présenter La Porte de Magda Szabò, c'est vraiment être dans un état d'esprit anti feel-good. Car lire ce roman, à la toute fin de l'été, c'est choisir d'être à contretemps, à contre-saison, à contre-ambiance. Tout y est étrange, décalé et étonnant. 

La Porte dont il est question, c'est celle d'Emérence, personnage principal du roman, femme de ménage hongroise, déjà d'un certain âge. La déjà, on sent qu'on n'est pas là pour rigoler. S'il est question d'Emérence c'est que la narratrice, une romancière assez connue, a besoin de quelqu'un pour tenir sa maison. A priori, on a le droit de penser que l'intrigue n'est pas vraiment attrayante.  D'autant que, et tout l'intérêt du livre est là, la porte d'Emérence reste close. 

 L'infranchissable porte d'Emérence, c'est la frontière éternelle de son intimité. 

Et derrière la porte toujours fermée de la vieille dame qui balaie, lave, époussette et range, il y a une vision du monde, les restes de son passé, de ses déceptions et de ses espoirs. Ce roman c'est d'abord l'histoire en creux d'une personnalité un peu hors des normes dans la deuxième moitié du XXe siècle (a peu près). 

Car Emérence, c'est vraiment la femme de ménage qui bouscule les codes de ce que l'on pourrait appeler la "domesticité". C'est l'employée qui choisit ses patrons, qui impose ses idées, ses horaires, sa rigueur et aussi un certain sens de la loyauté. Elle fait partie de ses personnages étranges, voire un peu inquiétants, qui sont mués par d'autres valeurs que le lecteur. 

Ne serait-ce que sur les animaux. Habituellement, je suis complètement insensible aux histoires entre les hommes et les bêtes (rien qu'avoir un aquarium chez moi m'a longtemps déprimée). Pourtant, toute sa vie, l'affection qu'Emérence entretient avec une pouliche, des chats ou un chien (ah ce chien!), a quelque chose de bouleversant (et si moi je suis bouleversée, c'est vraiment qu'il y a quelque chose qui va au-delà de l'animal de compagnie; quelque chose de l'ordre de la réflexion sur le vivant, sur l'attachement entre les êtres peut-être).

Derrière cette Porte, il y a aussi le passé de la Hongrie (qu'évidemment nous lecteurs français, globalement incultes sur l'histoire du reste de l'Europe, nous ne connaissons pas ou peu). Il y a la violence des hommes, les trahisons, les souvenirs, les déceptions, les actes courageux, la reconnaissance aussi.

Et devant sa Porte, pendant le roman on croise toute une série de seconds rôles bien soignés, de personnages consistants : gens du quartier, voisins de la rue, les vagues amis et les connaissances lointaines. Mais surtout, devant cette porte, il y a une narratrice. Une intellectuelle de haut vol, qui ne peut pas à la fois écrire, réfléchir et s'occuper de son linge, de son ménage et de ses repas. Evidemment. Elle doit se débarrasser des corvées domestiques pour produire de l'art, du verbe, de la réflexion. Je ne sais pas quelle est la part autobiographique de ce roman, mais le moins que l'on puisse dire c'est que la romancière ne s'est pas épargnée, elle qui ne fonctionne qu'avec sa tête sans essayer de se servir de ses mains. 

Et si La Porte est un beau livre c'est aussi parce qu'il traite implicitement de la dignité,  de la loyauté et de l'égoïsme. Il y a celle qui a les mains dans la crasse des autres et celle qui est incapable de mettre les siennes dans sa propre saleté. Il y a à la fois le lent naufrage de l'une qui ne pouvait se résoudre à ce qu'on fasse pour elle ce qu'elle faisait pour les autres; et l'histoire de l'autre qui n'est pas à la hauteur de la confiance qu'on lui porte.

C'est le genre de roman âpre et sourd qui en laissera plus d'un sur le bord de la route, parce qu'il est dénué de toute légèreté. A la fois sec et profond, il se fera une place dans la tête des certains lecteurs longtemps après la fin du livre. La Porte est de ces livres qui font réfléchir sur soi et son rapport aux autres, dont on sort un peu bousculé tant sa construction est étonnante, son ton étrange, et son dénouement tragique.

Founisseur officiel: une non blogueuse qui se reconnaîtra.

Je précise que s'il y a un livre qu'un esthète doit impérativement posséder, c'est bien celui-là parce qu'une couverture aussi belle mérite sa place dans n'importe quelle bibliothèque (#PointDéco #CestCadeau)

lundi 9 octobre 2017

Mon immersion #4

Je m'appelle Galéa, j'ai 38 ans, j'étais plus ou moins addict aux réseaux sociaux,
Je suis abstinente (sur FB et IG) depuis 47 jours.

Je considérais être arrivée au bout de ma désintoxication 2.0 (c'est à dire que je ne suis pas retournée sur FB et IG, hormis la page du blog, mais j'ai repris twitter en douce pour être au courant de ce qui se passe dans le monde et pour suivre les blogs).

Je pensais donc m'arrêter là, quand j'ai reçu un mail du service du CHU. La prochaine séance serait donc à "ciel ouvert", c'est à dire en extérieur pour que nous puissions "reprendre contact avec le réel" . Oui rien que ça. Cela consistait à se retrouver dans un café, un vendredi soir à 18 heures ( heure bâtarde s'il en est: trop tard pour un thé, trop tôt pour un apéro).

J'ai donc renvoyé un mail où je déclinais. En me servant honteusement de mes 3 enfants comme prétexte, j'ai expliqué que c'était impossible pour moi, car c'est l'heure maudite, où je suis seule à gérer avec une bienveillance en deuil, les douches, les devoirs, les heures de colles, les histoires de copinages du collège, les gammes de violoncelle (saleté de position du pouce)...donc 18h, désolée, merci mais non merci.

Sauf qu'en réponse, on m'a dit que ce serait, si tout se passait bien, mon ultime séance, rapport à ma pathologie considérée comme modérée (tu m'étonnes vu les boulets).

J'ai donc du y aller, en espérant que cet effort surhumain marquerait la fin de ma thérapie.

Je suis arrivée évidemment un peu en retard, le mascara moyennement en place, la frange frisottant, avec dans mon sac des restes du gouter des grandes, le tout me donnant une allure franchement négligée. Ils étaient tous assis autour d'une table basse dans un bar totalement impersonnel, ni branché, ni ringard pour que toutes les classes d'âge se sentent à l'aise, et pour qu'on ne paie pas 7€ la consommation (j'ai tenté une photo mais j'ai eu peur qu'on s'en serve contre moi à l'avenir). Déjà mauvaise surprise, il n'y avait que des jus d'orange et des infusions sur la table, et Jean-Charles m'a prévenu "on ne prend que des soft hein ?" (RIP la bière que je me faisais une joie de boire à l'heure des bains).

La seule à côté de qui il restait de la place c'était évidemment Paméla (celle qui t'accroche comme une bernique en se pensant ta meilleure amie). Thierry, toujours dans les tons beiges est à côté de la dame pro-commerce-équitable (celle qui donne des leçons de moral à tout le monde). Je ne connaissais pas les autres, mais au total nous étions 7. Nous avons été sélectionnés pour cette séance parce que nous sommes ou avons été blogueurs à un moment (perso j'ai menti sur le formulaire, en disant que j'avais arrêté de bloguer après la naissance de Duracell, j'ai juste omis de dire que j'avais repris depuis).

"Vous êtes là réunis parce que le fait de bloguer a biaisé votre rapport aux réseaux sociaux, les pages FB, le nombre de like, les retweet, les partages etc...tout cela  a modifié le rapport que vous aviez à la communauté, parce que globalement vous aviez tous quelque chose à vendre".

Silence de plomb. Jean-Charles (qui est habillé d'une sorte de jogging -!- sans doute pour éviter que naisse toute ambiguité avec ses patientes - objectif largement atteint), Jean-Charles donc propose de faire un tour de table pour que chacun présente son blog (ou ce qu'il en reste).

Paméla commence fièrement par annoncer qu'elle a un blog lifestyle (je comprends qu'il s'agit d'un blog où on raconte sa vie et ses achats) avec tous réseaux confondus 9000 abonnés, un petit millier en moyenne de vues par jour, 3 billets par semaines, une dizaine de partenariats par mois etc...Je scrute les autres participants, en commandant (la mort dans l'âme) une menthe à l'eau. Ils hochent tous de la tête, pas franchement impressionnés (alors que moi j'hallucine). Thierry, comme on s'y attendait, alimente un blog d'opinion, ses chiffres claquent moins, mais bon ça reste le triple de ce que je faisais à ma période faste. Mme commerce-équitable tient un blog de "cuisine responsable" (on s'en serait douté),  puis se présente un blogueuse mode (qui cache bien son jeu tant elle est quelconque), une blogueuse famille (au secours purée), une blogueuse run (chouette ...mais en fait non, on voit qu'elle se la raconte même quand elle se tait) et un blogueur SEO (avec l'accent anglais) dont je ne comprends pas bien ce que ça veut dire mais je hoche la tête aussi.

Quand vient mon tour, je marmonne en toussant "littérature". Je sens bien qu'on évolue pas dans les mêmes sphères. Petit silence mi-gêné, mi-connivent.  A voir leur visages plein d'empathie à mon endroit, je me sens dans le même état que le dernier mariage où je suis allée, quand, au milieu des Mercedès et des Audi coupées,  nous nous sommes garés avec notre monospace français qui n'est plus si jeune (et dont j'ai déjà fait l'aile droite, embouti le pare-choque et rayé la portière passager). Je me sens à peu près dans le même sentiment de décalage, mais le pire est à venir.

Personne n'ose me demander mes scores (de toutes manières, j'ai dit que je l'avais supprimé), mais Jean-Charles poursuit sur sa lancée.

"Qui parmi vous n'a jamais quémandé des like, qui n'a jamais organiser des concours auxquels ne pouvaient participer que ceux qui partageaient votre page Facebook,   lesquels parmi vous n'ont pas inondé les fils et time-line de leurs followers en leur promettant des cadeaux pourris fournis par un sponsor qui ne servaient qu'à engranger des j'aime et des commentaires, qui n'a pas fait des demandes d'amis en cascade juste pour envoyer des invitations à aimer sa page ?".

Gros silence. Perso, je jubile. J'ai ma revanche, je me sens un peu comme l'incorruptible blogueuse du siècle, pour un peu j'embrasserais ledit Jean-Charles qui me regarde avec des yeux de veau. Je sirote très bruyamment ma menthe à l'eau, et je réponds un peu fort "moi, Jean-Charles! Je ne me suis jamais livrée à te telles manoeuvres"

-"Même pas pour faire gagner un livre de poche à 6€ Galéa ?
-"Même pas non.

Je savoure ma supériorité éthique; et j'entends derrière moi, une blogueuse famille qui me lance:

-" Oui enfin évidemment...une blogueuse littéraire"  elle rit bêtement ",je crois aussi que les blogueuses genre...heu...qui parlent des chevaliers de l'an 1000 au lac de Paladru, elles ne le font pas non plus, ou celles qui font de la peinture sur soie". Rires de fayots autour de la table. Dois-je me réjouir qu'elle ait vu un film de Resnais ou bien est ce que je l'attaque tout de suite sur son physique (et il y a de quoi) puisqu'elle vient de se moquer non seulement des gens qui lisent mais aussi de ceux qui ont fait des études d'histoire?

Mais à voir la tête des autres,  je comprends que la blogo littéraire, c'est la blogo du pauvre. Je vois les autres "patients" lever les yeux au ciel et la blogueuse mode, avec ses affreux ongles tigrés, pouffe carrément "Nan mais sérieux quoi!!! Un blog qui parle que de bouquins ?"

Je suis vexée comme un petit pou.

Jean-Charles qui sent que j'ai du potentiel en matière de frittage tente de calmer le jeu:

"Non mais Galéa, c'est juste que bon la littérature...non mais déjà la littérature c'est bien, c'est sûr il en faut, mais comment te dire, ce n'est pas ce qui génère le plus de flux sur les RS tu te doutes bien (j'ignore tellement sa présence qu'à un moment il va penser qu'il n'existe plus). Galéa, arrête de bouillir, ce n'est pas méchant, mais économiquement, tu comprends bien que bon, si tu tiens un blog littéraire, ça restreint beaucoup le public tu vois, personne ne peut te citer un blogueur littéraire connu, aucun d'entre vous n'est devenu secrétaire d'état par exemple (rire d'autosatisfaction communicatif au reste de l'assemblée), tu ne vas pas te faire sponsoriser par des marques de vêtement ou de puériculture, tu comprends, au maximum des éditeurs, enfin je ne sais pas, tu as déjà vu des foules se presser devant une librairie pour s'arracher un livre en solde? Non mais je plaisante hein...mais bon ça reste une niche assez marginale, tu comprends, mais ça t'honore d'avoir continuer malgré cela".

Dans ma carrière de perditude, je crois que cet épisode restera gravé à jamais dans ma mémoire. Je me concentre très fort sur un lampadaire, dans ma tête je compte jusqu'à 2 000, j'allume une cigarette en soufflant ma fumée bien fort pour tous leur donner le cancer, et je me dis que là, je devrais m'en aller, drapée dans ma dignité.

C'est alors que Paméla se sent obligée d'intervenir

"Nan mais attends Galéa il en faut pour tous les goûts aussi, je te comprends, c'est chouette de lire, moi j'aime bien aussi parfois, tiens par exemple là tu vois j'ai reçu le livre d'une blogueuse qui a fait une téléréalité avant de monter sa marque de thé, c'est drôlement bien, vraiment je le lis avec plaisir".

"Oui, oui c'est No Filter", rugit la blogueuse mode

Vu que je ne sais pas du tout à quoi elles font allusion,  je réponds :

"Certains blogueurs littéraires font ce que tu dis: les partages, les concours, les likes etc...hein, tu crois quoi, qu'on est trop stupides pour faire comme les autres?"

Rires contenus, puis moins contenus, puis carrément éclats de rires, j'entends des phrases genre "Tu crois que les blogueurs littéraires arrivent à en vivre toi ?", même Mme commerce-équitable est secouée de rire, Paméla tente de se contenir, et Thierry me regarde un peu désolé. Les autres tables nous regardent en souriant. Là de loin on passe pour une bande de copains qui rigolent joyeusement.

La blogueuse run m'assène le coup de grâce "C'est un peu facile de se la jouer détachée de tout ça quand on est sur un créneau qui n'intéresse personne". Saleté. 

Jean-Charles reprend la parole "Bon peu importe, je pense que Galéa, même à son échelle [vague de rires discrets autour de la table],  va pouvoir enrichir le débat, car si je vous ai réunis tous ensemble, c'est pour que vous compreniez que de toutes manières, le blog en tant que média, c'est complètement dépassé".

Silence de mort. C'est à ce moment là que L'Homme me harcèle de textos car il est seul avec les trois filles dont Duracell qui a décidé de manger ses lentilles à la fourchette (purée dans quel état vais-je retrouver ma cuisine?). Paméla, interloquée, regarde Jean-Charles avec les yeux du désespoir, Thierry semble résigné, Mme Commerce-Equitable fait une moue dubitative, M. SEO hoche la tête avec tristesse comme quelqu'un à qui on annonce un diagnostique qu'il sentait venir, la blogueuse mode réajuste son étole léopard en faisant non de la tête...On sent que ça pique pour tout le monde. L'Homme m'envoie que Numérobis à 39,7 et me demande s'il lui donne un doliprane. Je me dis qu'il est temps de lever le camp.

Mais, j'ai encore du tenir encore 1/2h avant de rentrer chez moi.

La question est: dois-je sur mon propre blog expliciter en quoi la blogosphère est devenue ringarde?

Ou bien  je fais comme si je ne m'étais pas rendue à cette ultime séance.